La sortie médiatique du sélectionneur Mohamed Ouahbi, juste avant la demi-finale de la Coupe du Monde 2026 opposant la France à l’Espagne, laisse un arrière-goût particulièrement amer. Au-delà de l’élimination des Lions de l’Atlas en quarts de finale face aux Bleus, ce sont ses propos en conférence de presse qui interpellent, oscillant entre une contradiction majeure et un respect exagéré envers l’adversaire. Deux postures que la réalité du terrain et la démonstration du voisin espagnol ont immédiatement balayées.
Le fatalisme démenti : L’Espagne a prouvé qu’il y avait une solution
« Le bilan que moi je suis en train de me faire sur la France, c’est pas de se dire : comment on aurait fait pour les battre. Là je ne pourrais pas trouver la solution, croyez-moi, et je pense que personne ne pourrait la trouver»
Mohamed Ouahbi.
Déclarer publiquement que « personne ne pourrait trouver la solution » face à la France est un aveu d’impuissance difficilement acceptable pour le sélectionneur de l’équipe nationale A du Maroc. Quelques heures à peine après cette affirmation, l’Espagne de Lamine Yamal a administré une leçon tactique aux Bleus en s’imposant magistralement 2-0 pour se qualifier en finale, prouvant que cette équipe de France était loin d’être invincible.
L’Espagne a trouvé la clé en imposant une densité technique supérieure dans les demi-espaces et un pressing asymétrique pour couper les circuits de transition vers les attaquants français. En refusant de chercher activement la faille de cette équipe française lors du match Maroc-France, Ouahbi a donné l’impression de partir battu d’avance.
Du déni à la contradiction : Le signal de la peur
C’est sur une autre déclaration que le sélectionneur, visiblement dans le déni, s’enferme dans une contradiction flagrante :
« Si on change de système, c’est qu’on donne un signal aussi à l’équipe adverse qu’on a peur d’eux, et on donne un signal à notre équipe qu’on a peur de l’adversaire. C’est un peu je pense ce qui s’est passé avec les Pays-Bas. Donc moi je suis resté dans le même système de jeu… »
Ouahbi utilise l’exemple des Pays-Bas pour critiquer les choix ultra-défensifs de Ronald Koeman, susceptibles selon lui d’envoyer un « signal de peur » aux joueurs et de surmotiver l’adversaire. Il prétend être resté fidèle à son système et à son animation. Pourtant, ses choix d’hommes ont produit exactement l’effet inverse.
En choisissant de ne pas aligner dans son onze de départ de véritable attaquant de pointe (rôle pourtant systématiquement occupé par Ismael Saibari en début de tournoi, puis par Soufiane Rahimi, sa doublure contre le Canada), Ouahbi a fait exactement ce qu’il reprochait aux Néerlandais. Certes, le schéma théorique sur l’ardoise semblait inchangé, mais l’absence d’une référence offensive claire a envoyé un signal de frilosité absolue et a semé un sentiment d’inferiorité.
Les conséquences sur le terrain : Un cadeau pour la défense française
Ce choix hybride sans véritable « numéro 9 » a eu un double effet dévastateur, confirmant la théorie du « signal négatif » que le coach dénonçait lui-même :
Côté marocain : Les joueurs ont immédiatement perçu ce manque d’audace. Sans point d’appui et de fixation en attaque, le bloc a reculé, jouant avec une prudence excessive et manquant cruellement de présence dans la surface pour concrétiser les phases de possession.
Côté français : Ce fut une source de motivation et de confort supplémentaire. La défense des Bleus, qui s’attendait à un rude combat physique face à un attaquant de métier, s’est retrouvée sans marquage direct à gérer. Libérée de cette menace constante, l’arrière-garde française a pu jouer confortablement, anticiper les transmissions marocaines et relancer proprement sans jamais être mise sous pression.
La fortune sourit aux audacieux
En voulant éviter la même erreur des Pays-Bas, Mohamed Ouahbi y est tombé à pieds joints lors des quarts de finale. On ne peut pas prôner la continuité tout en dénaturant l’animation offensive qui faisait la force des Lions de l’Atlas. Quelques heures plus tard, l’Espagne a montré la voie du courage tactique en dominant la France (2-0). Les protégés de Luis de la Fuente ont su trouver la faille en insistant sur les côtés ou en misant sur des percussions individuelles pour faire sauter le verrou du pressing adverse ; les Lions, regrettablement, sont restés prisonniers d’un schéma stérile marqué par un grand manque d’audace. Et on aurait aimé que le staff technique propose aux joueurs un visionnage des percées de Mustapha Hadji sur le flanc, des chevauchées de Naybet dans l’axe, ou encore les tirs depuis l’extérieur de la surface du même Hadji, Ziyech, Daoudi ou El Haddaoui. Cela aurait peut-être inspiré notre Onze National à mieux ressortir le ballon sous la pression, à percuter et peut être trouver le chemin des filets, comme le faisaient si bien ces légendes vivantes à leur prime.


