La tradition veut que les clubs professionnels laissent leur part de recette aux amateurs. Après enquête, c'est loin d'être toujours vrai...
Monaco Coupe de France Paru dans leJDD
Les malheureux Monégasques, lors de leur élimination contre Chambéry début janvier. (Maxppp)
La Coupe de France, ses exploits, ses héros… et ses légendes. Comme celle qui veut que le club professionnel verse généreusement sa part de recette au club amateur qui le reçoit. Les 32e de finale, début janvier, l’ont encore montré: Monaco (battu) et Brest (vainqueur) n’ont rien laissé à leurs adversaires Chambéry (CFA 2, équivalent de la cinquième division) et Issy-les-Moulineaux (Division d’Honneur, 6e), qui ne se sont pas privés de dénoncer l’avarice de leurs prestigieux visiteurs. Ce ne sont pas des cas isolés.
L’un des grands spécialistes est Lille, actuel leader de L1. A Sainte-Geneviève-des-Bois (CFA 2), battu en 2009, on s’en souvient amèrement. En l’absence de leur président Michel Seydoux, les Dogues n’avaient d’abord pas réclamé leur dû. "Quatre mois plus tard, j’ai reçu une lettre de la FFF nous sommant de verser 3.200 euros à Lille sous peine d’exclusion de l’édition suivante, hallucine Jean-Claude Murmann, le président du club francilien. J’ai appelé M. Seydoux, qui ne m’a jamais pris au téléphone…" Celui-ci s’explique: "Nous donnons beaucoup de temps et d’argent au football amateur. Mais nous privilégions nos 40 clubs partenaires à nos adversaires en Coupe de France."
Eliminé en 32e de finale, Forbach (CFA 2) aura pourtant eu droit à un don de 7.800 euros du Losc, touché par la qualité de l’accueil. "Je leur avais demandé dix jours avant d’encaisser leur chèque de 25.000 euros, raconte le président Marcel Da Soler. J’espérais secrètement qu’ils me le renverraient. Mais c’est toujours mieux que les Lensois en 2003: ils avaient promis de renvoyer le chèque avant de l’encaisser vite fait." Puisque l’élégance ne figure pas noir sur blanc dans le règlement, Roland Hunsinger, patron de Colmar (CFA), tombeur de Lille en janvier 2010, ne s’offusque pas: "Leur trésorerie est aussi tendue que la nôtre. Face à plus petit, on ne fait pas non plus de cadeau."
"Pour eux, ça représente quoi 50.000 euros?"
Les plus grands clubs ne sont pas forcément les plus pingres. Notamment Lyon, à qui l’on prête l’origine du geste philanthropique. "Ça fait dix ans qu’on donne aux amateurs, parfois même à partir du National, assure-t-on à l’OL. On laisse tout ou partie mais on laisse systématiquement." Fâché par le report de son match face à Concarneau (CFA 2) l’an passé, Lyon n’avait ainsi abandonné que 8.000 de ses 55.000 euros.
L’OM et le PSG se retrouvent sur un principe: rembourser ses frais de déplacement et offrir la somme restante. "On n’a pas vocation à perdre de l’argent, ni à s’enrichir, explique-t-on à Paris. A Ajaccio, ça s’était mal passé. On avait donc laissé moins (5.000 des 20.000 euros) qu’à Vesoul ou Quevilly." Celui-ci ayant reçu à Caen pour des raisons de sécurité, le PSG avait cédé l’intégralité de sa part, soit 140.000 euros. "Alors qu’aux tours précédents, Rennes n’avait rien laissé, comme Boulogne-sur-Mer, qui nous l’avait pourtant promis, se souvient-on à Quevilly. Après l’élimination, ils ont dû avoir une mauvaise digestion."
L’OM voyageant en avion privé, il n’est pas resté grand-chose à Trélissac (CFA 2) en 2010. D’autant que la réception d’un club de standing engendre des dépenses. "Entre les stadiers, la location de barrières, l’électricité pour les télés, la mise aux normes, la Coupe nous a coûté un peu d’argent", grimace le président du club aquitain, Fabrice Faure. Les pros n’y pensent pas, sans doute. Ainsi Monaco, qui a refusé l’aumône à Blagnac (CFA2) en 2009: "Pour eux, ça représente quoi 50.000 euros?, peste Guy Delile, le dirigeant amateur. Ils avaient débarqué avec quatre entraîneurs et des remplaçants qui doivent toucher 120.000 euros par mois!"
Nancy, des chardons dans les poches
Certains n’assument même pas d’être économes. Tel Jacques Wattez, le président de Boulogne, alors en L1, face à son voisin régional de Seclin (DHR). "Au moment d’évoquer la recette, il a usé de tous les arguments pour me faire croire que ce n’était pas une tradition. La discussion a été courte, ironise le président Romuald Ramon. J’avais compris: la générosité des pros est plus rare qu’on ne le croit." C’est aussi l’avis du président d’Aurillac (CFA), Yves Coussain: "Le foot pro manque de noblesse: avant de penser au sport, il pense au business." Le dirigeant auvergnat n’a pas apprécié l’attitude de Nancy, il y a deux semaines. "Ils ont refusé de laisser leur part parce que le président, seul habilité à prendre cette décision, n’était pas là…"
Nancy est souvent accusé d’avoir des chardons (son emblème) plein les poches. L’an passé, Thiers (CFA2) est resté circonspect quand les Lorrains ont fait savoir leur intention de verser leur part à une œuvre humanitaire. Et pourtant: "Quelques jours après le match, nous avons fait un virement de 4.800 euros à La Croix Rouge pour Haïti", rétorque le directeur général de l’ASNL, Nicolas Holveck.
Gare aux mauvaises relations. Il y a un an, le président de Saint-Louis Neuweg (CFA 2) avait eu des mots avec son homologue de Sochaux, Alexandre Lacombe. Ce dernier s’est vengé, sans jouer les pingres. "Ils ont divisé leur part (7.500 euros) entre la Ligue de Franche-Comté et la Ligue d’Alsace", se rappelle Pierre Fichter, le dirigeant haut-rhinois. Cette année, Sochaux a fait un beau cadeau aux Lorrains de Jarville (CFA): "Autour de 45.000 euros, un tiers de notre budget", apprécie leur président Isaac Niego.
L’histoire regorge aussi de généreux accords entre amis. En janvier 2010, Lens avait laissé toute sa recette à Compiègne (CFA), contraint. "Sans ça, on n’aurait pas accepté de déplacer notre match à Bollaert", confie le président picard Philippe Tourre. La cagnotte lui a permis d’acheter un minibus. "Une sacrée affaire", rit-il encore.
ya de sacré crevard dans la ligue 1.


















