Gerets : “Boussoufa doit être notre joueur le plus important”Rencontre avec le Limbourgeois, qui prépare le duel contre l’Algérie
MARRAKECH Sous ses apparences chics et paradisiaques, l’hôtel Jardins d’Ines, à Marrakech, peut prendre aussi des allures de forteresse. Les agents de sécurité font le ménage. Heureusement, Eric Gerets arrive, détendant l’atmosphère.
Cela fait 4 mois que vous officiez à la tête de la sélection du Maroc. C’est ce que vous espériez ?
“Ce job me convient parfaitement. Début février, nous avons remporté un match amical contre le Niger. Comme coach fédéral, vous pouvez savourer une victoire pendant quasi deux mois. Mais mon vrai travail commence maintenant avec le match de qualification contre l’Algérie. C’est un duel chargé de rivalité vu les tensions politiques entre les deux pays par le passé. Officiellement, il y aura 60.000 spectateurs. Mais il risque d’y en avoir davantage…”
Lors de votre intronisation, vous aviez déclaré : “C’est mon plus grand défi”.
“Oui, car ici vous êtes responsable devant tout une nation.
Le Maroc court après une qualification pour la Can depuis 2004. Nous en avons besoin. Car, en tant que coach fédéral, je manque de temps pour créer des automatismes au sein de mon groupe. Un grand tournoi peut nous y aider.”
Le travail au quotidien sur le terrain vous manque-t-il ?
“Oui. Quand je travaille dans un club, je parle beaucoup avec mes joueurs, pour qu’ils se sentent bien dans leur peau. C’est impossible en tant que coach fédéral. Je m’efforce donc de mettre en confiance mes joueurs importants. Ils savent que je ne les laisserai pas tomber.”
Mbark Boussoufa est peut-être votre joueur le plus important…
“Mbark doit être le plus important. Avec ses dribbles et son jeu de passes, il doit être notre meneur de jeu. Dans l’axe, pas sur le flanc gauche. Évidemment, j’aurais préféré le voir quitter Anderlecht pour une équipe du Top 5 en Espagne.
Je ne peux pas affirmer qu’Anzhi constitue pour lui un pas en avant. La compétition russe est plus forte que le championnat belge,
mais je ne connais pas ce club. Si Anzhi est une équipe qui, chaque semaine, doit d’abord lutter, est-ce que cela conviendra à son style ?”Cela a-t-il toujours été votre ambition de devenir coach fédéral ?
“Cette équipe nationale a constitué une opportunité. Elle m’offrait également la possibilité de trouver un équilibre entre le challenge sportif et ma vie privée. Je travaille depuis plusieurs années à l’étranger. Récemment, je suis devenu grand-père pour la 4e fois. Jusqu’il y a peu, mes petits-enfants me connaissaient seulement sur les photos. Désormais, je peux passer quelques jours avec eux en Belgique.”
La relation avec vos enfants avait aussi été parfois troublée après votre divorce.
“Le contact est désormais meilleur. Mon fils a expliqué à ses enfants ce que leur grand-père faisait. Je viens d’ailleurs tout juste de voir mon petit-fils Vic via Skype.”
Pourquoi n’habitez-vous pas en Belgique ? Ce serait possible.
“La fédé marocaine était d’accord. Pas mal de mes joueurs évoluent d’ailleurs en Europe. Mais j’estimais qu’en tant que sélectionneur du Maroc, je devais vivre dans ce pays. J’ai une belle habitation à Rabat. Ce n’est pas extrêmement luxueux. J’y vis seul mais je m’y sens bien. Comme ça manquait de couleurs, j’ai planté 450 fleurs.”
Vous ne vous sentez pas seul ?
“À Al Hilal (Arabie Saoudite), la solitude m’avait pesé les 3 premiers mois, mais je m’y étais fait. Au Maroc, je ne me suis jamais senti seul. C’est fou ce que les gens vous connaissent vite. Le seul qui me manque, c’est mon chien George, un dogue allemand. J’avais trop de travail pour m’occuper assez de lui.”
Vous scoutez beaucoup ?
“Au cours de mes trois premiers mois ici, j’ai sans doute vu plus de matches au Maroc que mon prédécesseur en trois ans. Je ne veux pas de fossé entre les Marocains nés ici et ceux qui sont nés en Europe.”
Vous ne vous sentez pas finalement un peu Marocain ?
“Quand vous entraînez une équipe nationale, il y a toujours un peu de fierté nationale.
J’ai d’ailleurs l’hymne marocain sur CD et je peux l’écrire phonétiquement. Non pas que je sache le chanter, mais je voulais au moins connaître sa signification. J’adore découvrir une culture différente.”
Quel a été votre plus grand choc sur le plan culturel ?
“Le pire, c’est le trafic. J’ai ma propre voiture, mais j’ai une certaine peur de me mettre au volant. Je le ferai cependant dès que me papiers seront en ordre.”
Êtes-vous déjà allé chez le Roi ?
“Pas encore. À Al Hilal, j’avais rencontré le roi. Cela surprend toujours ma sœur. Elle me dit : Avant, tu n’étais capable de rien, et maintenant tu peux manger avec des rois et des ministres. Elle a raison. À 15 ans, je n’étais pas un super footballeur et je n’étais pas le plus malin à l’école. J’ai pourtant atteint quelque chose.”
Êtes-vous resté le même homme au cours de toutes ces années ?
“Je suis devenu plus doux. Avant, je me fâchais pour des futilités. J’ai découvert qu’il y avait d’autres manières pour faire passer vos idées. Finalement, en Preud’homme, je me reconnais jeune. Michel est également un entraîneur plein d’émotions, mais il changera. Qui est calme, mène une vie plus tranquille.”
D.H
http://www.dhnet.be/sports/football/articl...-important.html Pour Boussoufa il nous a pas dit ça (juste le championnat Russe est meilleur).